Aimer tous les hommes? Leur demander pardon?

Dieu aime-t-il tous les hommes? Devons-nous aimer tous les hommes?
Jésus aimait-il tous les hommes?
Par exemple aimait-il Judas? Il l’appelle son ami (Mt 26,49); mais dans le même évangile de Matthieu il y a des passages sévères sur ceux qui seront « maudits » et envoyés dans le feu éternel par le Fils de l’homme… (Mt 25,41)
Sur Judas, Maria Valtorta a de très belles pages, où l’on voit Jésus, mois après mois, s’efforcer de le ramener vers l’amour. Il l’aime.

Pour les « maudits » je suppose que l’interprétation classique est de dire qu’ils sont quand même aimés de Dieu (et que c’est par amour qu’il les envoie dans le feu éternel?). Pour ma part je me rallie plutôt à la thèse selon laquelle, au purgatoire, ceux qui refuseront définitivement l’amour ne pourront, de ce fait, pas y participer: ils se détruiront eux-mêmes.

Mais j’en viens à la question centrale que je voulais aborder: j’imagine une rencontre de réconciliation, où un chrétien se retrouve face à ceux qui sont, ou ont été ses ennemis.

Puis-je dire à l’autre que je lui demande pardon ? S’il est chrétien, il comprendra peut-être ce que je pense vraiment par là: que mon amour a été, forcément, limité, et que s’il avait été plus grand le conflit aurait pu évoluer différemment.

S’il n’est pas chrétien, il y verra sans doute, à tort, un aveu de faiblesse ou de culpabilité.
Alors qu’il ne s’agit pas du tout de cela: mais d’une attitude complète de remise entre les mains de l’amour. Je sais que mon amour est limité, et donc que je n’ai pas montré à l’autre le visage infiniment aimant du Christ.

En ce sens je peux même imaginer une situation extrême où je suis face à un homme qui a été un malfaisant épouvantable: disons Hitler… Et je pourrais, si ma capacité d’amour est déjà assez grande, lui dire que je lui demande pardon.
Pas du tout, évidemment, que je lui pardonne. Ce n’est pas de cela dont je parle. Et il n’appartient pas à qui que ce soit de pardonner à un tel homme.
Mais que je lui demande pardon de mes faiblesses, qui, comme je l’ai dit plus haut, n’ont pas fait de moi, face à un être comme lui, une véritable incarnation de l’amour. Cela rejoint ce que je dis du péché dans mon livre « Le fait Jésus » (p.31): je me reconnais extrêmement pécheur.

Pour aller en quelque sorte plus loin, mais différemment, Bernanos imagine que Dieu lui-même demande pardon! Le père Duval-Arnould le cite dans son texte « Pourquoi suivre Jésus » (p.17):

 » Ecoutez cette page de Bernanos que j’ai bien relue cent fois, et qui m’émeut toujours autant.
« Il y a quelque part en ce monde, en ce moment, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort, qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée. Comme si la voix qui a jeté le soleil dans l’espace ainsi qu’une main jette le grain, la voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l’oreille: « Pardonne-moi. Un jour, tu sauras; un jour tu comprendras et me rendras grâce; mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon. Pardonne-moi ». 

P.S. – Il me revient que dans certaines communautés il est prévu des temps de réconciliation: on va alors demander pardon à un frère. J’ai eu l’occasion qu’un membre du Chemin Neuf, à la messe à laquelle nous assistons régulièrement, vienne ainsi me demander pardon (pour une « broutille », de mon point de vue); c’est quelque chose que l’on n’oublie pas, tant l’amour s’exprime dans la démarche de l’autre.

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