Pécheurs, dès le sein !

Je lis, dans le texte d’une conférence faite par le père Dominique Degoul (non publiée), un récit qui se trouve certainement dans des livres publiés. Il d’agit de la découverte par Saint Augustin du « péché originel »:

Il y a cette scène magnifique qu’il décrit je crois dans les Confessions: il voit deux petits bébés, frères de lait (avec la même nourrice) qui ne savent pas encore parler. Il y en a un qui est au sein et l’autre qui n’y est pas et qui regarde celui qui tète d’un air méchant et jaloux. L’hostilité du second envers le premier est visible. Augustin dit qu’il y a là quelque chose qui est de l’ordre du péché, de l’hostilité indue, injuste puisque le second aura son tour de téter et qu’il n’est donc pas menacé. Cette hostilité est antérieure à toute parole, antérieure à toute imitation, antérieure à toute réflexion et donc elle est originelle. Depuis que ces enfants existent, il y a quelque chose en eux qui est de l’ordre de la violence, du péché, de la jalousie. Du simple fait qu’ils existent, ils sont donc pécheurs.
D’où vient cela ? Ils sont pécheurs par génération, par le simple fait qu’ils existent.

Eh bien voilà! Sur le péché, beaucoup de mes interlocuteurs prêtres ne comprennent pas ma position: pour eux le péché doit être volontaire !
Je suis absolument ravi de voir que – sauf erreur du père Degoul – Augustin voyait le péché là où je le vois aussi: dans le refus d’amour ou l’absence d’amour! (voir mon livre « Le fait Jésus », mais aussi divers textes sur mes sites, et par exemple http://plestang.free.fr/peche.htm ).

Je pose la question: toute personne qui agit, dans la vie quotidienne, comme cet enfant, fait-elle un péché? Je réponds oui: tout ce qui n’est pas amour parfait est péché ! Pourquoi est-ce que cela choque? Trop exigeant sans doute.

(Je dois dire d’ailleurs que mon confesseur actuel ne me semble pas toujours à l’aise avec mes confessions: j’ai l’impression qu’il aimerait que je me fixe un plan plus volontaire, et que je juge du péché par rapport à ce plan – alors que je me contente de constater ce qu’est ma vie quotidienne, et de demander la grâce de Dieu pour changer).

On notera ici que le mot « originel » désigne bien notre attitude à chacun, dès l’origine – il ne s’agit pas d’Adam et d’un supposé « péché des origines ».

PS: On dit semble-t-il en théologie morale « Un péché est imputable à celui qui en est responsable ». Mais c’est peut-être là une vision trop volontariste – orgueilleuse dirais-je – du péché. C’est l’amour tel que Jésus me l’a montré qui est le but; tout ce qui va dans l’autre sens, consciemment ou non, sera à modifier; avec l’aide de Dieu. Et ce n’est pas la volonté qui doit être centrale pour cela: mais au contraire la souplesse, la disponibilité entre les mains de Dieu.

Je crois à l’importance de la spontanéité pour découvrir ce que je suis. Et quand je « compare », tout simplement, ce qu’est un amour parfait tel que je ressens ce qu’il peut être, et mon comportement, je vois combien je suis pécheur.
Et c’est Dieu qui me changera (confiance, remise entre ses mains), plutôt qu’un volontarisme.

Un commentaire sur “Pécheurs, dès le sein !”

  1. Philippe LESTANG dit :

    Alors, est-ce que cet enfant est « pécheur »? Curieusement, mais d’une façon qui me paraît évidente, je réponds: non! (Car il faudrait la volonté libre et éclairée etc. ).
    Donc il y a là « état de péché », sans pécheur exprès. Je pense que c’est vrai de beaucoup de situations humaines.

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